Non, pas “vieille pie”, j’ai dit “VIP” 😉 Après le mariage de Dipankar et avant le Rajasthan, il faut absolument que je vous raconte cet épisode complétement dingue de notre voyage en Inde du Nord… À ma grande surprise, je suis passée à la télé et dans le journal !! Comment ? Eh bien, en visitant une mini-ferme de thé bio dans le fin fond de la campagne indienne. Récit d’une drôle d’aventure aux confins de l’Assam…

L’Inde, 2ème producteur de thé au monde

Pour commencer, un peu de contexte. Chers Radis, c’est la minute “culture” !

Derrière la Chine, l’Inde est le deuxième plus gros producteur de thé au monde. On y produit surtout du thé noir, car ce sont les Britanniques qui ont créé les premières grandes plantations au XIXe siècle. Sur place on consomme d’ailleurs principalement du thé noir, presque toujours sous forme de masala chaï (bouilli avec des épices, du lait et plein de sucre).

Une marmite de masala chaï bouillonne sur le stand de rue d'un chaï wallah (vendeur de thé).
Une marmite de masala chaï bouillonne sur le stand de rue d’un chaï wallah (vendeur de thé).

L’Assam, Etat situé à l’extrême nord-est de l’Inde, est historiquement et quantitativement la première région productrice du pays. Pourtant, par chez nous, le nom n’est pas toujours connu du grand public… En France, on connaît plus souvent les noms de régions aux cultures plus qualitatives, comme le Darjeeling (également au nord de l’Inde, mais plus à l’ouest, sur les contreforts de l’Himalaya) ou le Ceylan (actuel Sri Lanka).

En fait, l’exportation de thé d’Assam se fait surtout vers le Royaume-Uni, où il entre notamment dans la composition du fameux blend “English breakfast” ! Et quand on achète du thé en Assam, on trouve principalement du thé noir de type “CCT”, très méconnu en France. Il se présente sous forme de granules noires très oxydées, au goût bien décapant. Idéal pour préparer un bon masala chaï qui vous redresse les chaussettes avant de partir au boulot !

Loin de la production de masse, visite d’une toute petite ferme de thé bio

En goguette dans les champs de thé avec la famille de Dipankar

Comme je vous le racontais dans mon dernier article, ma Soeurette et moi avons eu la grande chance d’être invitées à un mariage indien. Il s’agissait du mariage de mon ami Dipankar et il a été célébré dans la tradition de sa région natale, l’Assam. Et figurez-vous que le frère et l’oncle de Dipankar travaillent dans le négoce du thé !

La famille de Dipankar nous a accueillis à bras ouverts, Louise, moi et les cinq amis allemands qui nous accompagnaient. Entre autres excursions, ils nous ont proposé de visiter une plantation de thé bio. Louise et moi sommes des geeks de thé et nous nous sommes bien-sûr empressées d’accepter ! Et comme les autres étaient partants aussi, nous nous sommes entassés dans deux voitures et avons pris la route en début d’après-midi. Outre les sept touristes européens que nous étions, nous étions accompagnés par le tonton négociant et deux cousines. Nous étions LOIN de nous douter de ce qui nous attendait…

La campagne assamaise, ça se mérite !

Cette fois encore, les vaches étaient évidemment de la partie. Mais, campagne oblige, on avait également droit à plus de vélos et d'imprudents piétons, entre autres chèvres, chiens et même chatons... Figurez-vous que cette photo a été prise sans zoom, à 60 km/h. J'ai fermé les yeux juste après l'avoir prise... Comme souvent quand j'étais dans une voiture en Inde ;)
Cette fois encore, les vaches étaient évidemment de la partie. Mais, campagne oblige, on avait également droit à plus de vélos et d’imprudents piétons, entre autres chèvres, chiens et même chatons… Figurez-vous que cette photo a été prise sans zoom, à 60 km/h. J’ai fermé les yeux juste après avoir appuyé sur le déclencheur, donc je peux pas vous dire comment le chauffeur a fait pour passer… Comme souvent quand j’étais dans une voiture en Inde 😉

Première surprise : la route ! Nous étions entassés à quatre à l’arrière de la voiture et, entre les énormes nids de poule, les embouteillages autour de Guwahati, les embardées du chauffeur et les incessants coups de klaxon, le voyage nous a paru un tantinet… longuet ! ^^” En fait, nous ne nous attendions pas à faire plusieurs heures de route pour rejoindre la plantation.

C’est ainsi que nous avons traversé un bon bout de l’Assam, quittant les abords de la ville pour nous enfoncer de plus en plus loin dans la campagne. Au fur et à mesure que nous avancions, le paysage de jungle et de rizières se faisait plus sauvage et plus vert, tandis que le soleil déclinait. Quand nous avons enfin bifurqué dans un chemin de terre entre deux champs de théiers, le soleil se couchait presque et nous étions déjà crevés xD

Un accueil incroyablement chaleureux des gens du village

En descendant de la voiture, nous avons réalisé que nous nous apprêtions à visiter une minuscule plantation paumée au milieu de nulle part. Les bâtiments, réduits à une grange et une petite maison en bambou et feuilles tressées, étaient entourés de petits champs d’un vert intense. Nous avons cependant été accueillis en grande pompe par tout un groupe d’hommes, femmes et enfants !

C’était rigolo car nous étions autant une attraction pour eux qu’ils l’étaient pour nous. L’oncle nous a expliqué en riant qu’il s’agissait de gens du village et qu’ils étaient venus en curieux… Nous étions l’événement de la semaine !

Tout le monde s'était mis sur son 31. Ces petites filles étaient toutes fières de se faire photographier dans leurs beaux habits de fête ! Mais leurs pieds témoignent quand même de la condition modeste des habitants de ce petit village...
Tout le monde s’était mis sur son 31. Ces petites filles étaient toutes fières de se faire photographier dans leurs beaux habits de fête ! Mais leurs pieds nus témoignent quand même de la condition modeste des habitants de ce petit village…

A notre grande surprise, on nous a tous traités comme des invités de marque. Dès notre descente de voiture, on nous a cérémonieusement remis à chacun un cadeau de bienvenue. Il s’agissait de magnifiques écharpes tissées à la main dans le village, toutes de couleurs et motifs différents, typiques de l’ethnie Boro qui nous accueillait.

L’oncle nous a présenté l’aimable propriétaire de la ferme, M. Narzari, un de ses fournisseurs de thé. Nous avons ainsi appris que cet instituteur retraité s’était lancé dans le thé “fair trade” au début des années 1980. A ses côtés, un homme brandissait un énorme appareil photo. M. Narzari l’a désigné avec un sourire en nous disant : “c’est mon ami, il est journaliste !” J’ai ri poliment, croyant sincèrement qu’il s’agissait d’une plaisanterie pour briser la glace.

Deuxième surprise : M. Narzari, au milieu sur la photo, nous a aussitôt fait servir un superbe repas du soir dans la grange.
Deuxième surprise : M. Narzari, au milieu sur la photo, nous a aussitôt fait servir un superbe repas du soir dans la grange.
C'était vraiment délicieux : sur la table recouverte de papier journal, on avait disposé du riz et au moins cinq plats différents. Chacun de nous a été invité a se servir de tout comme il le souhaitait. Un ou deux plats étaient bien forts en piment ;)
C’était vraiment délicieux : sur la table recouverte de papier journal, on avait disposé du riz et au moins cinq plats différents. Chacun de nous a été invité a se servir de tout comme il le souhaitait. Un ou deux plats étaient bien forts en piment 😉
On mangeait sur nos genoux, comme souvent. A chacun de voir s'il préférait utiliser les couverts ou ses doigts... (la plupart des Assamais utilisent leurs doigts) Le petit pichet d'eau posé par terre servait à se rincer les doigts par la fenêtre, qui donnait directement sur les champs de thé.
On mangeait sur nos genoux, comme souvent. A chacun de voir s’il préférait utiliser les couverts ou ses doigts… (la plupart des Assamais utilisent leurs doigts) Le petit pichet d’eau posé par terre servait à se rincer les doigts par la fenêtre, qui donnait directement sur les champs de thé.
Pour le dessert, il y avait ces délicieux snacks à la noix de coco dont Louise raffole ;) Il s'agit de petites crêpes très fines, séchées et probablement faites à base de riz. Elles étaient fourrées à la noix de coco torréfiée...
Pour le dessert, il y avait ces délicieux snacks à la noix de coco dont Louise raffole 😉 Il s’agit de petites crêpes très fines, séchées et probablement faites à base de riz. Elles étaient fourrées à la noix de coco torréfiée…
Ce délicieux repas avait été préparé sur place, en plein air et à même le sol en terre battue. Et, comme vous le voyez, à grand renfort de feuilles de bananier... C'est toujours impressionnant de voir le raffinement des plats qui peuvent sortir de cuisines aussi rudimentaires. Mes compliments à la cheffe !!
Ce délicieux repas avait été préparé sur place, en plein air et à même le sol en terre battue. Et, comme vous le voyez, à grand renfort de feuilles de bananier… C’est toujours impressionnant de voir le raffinement des plats qui peuvent sortir de cuisines aussi rudimentaires. Mes compliments à la cheffe !!

Une mini-production de thé vert bio au goût fumé

A ce stade-là, nous nous sentions un peu gênés par tant de sollicitude : tout le monde qui se fait beau pour nous accueillir, les écharpes en cadeau, le repas très généreux… Et ce n’était pas fini ! Trois employés de M. Narzari, tous très gentils, se sont empressés de nous faire visiter l’exploitation. On y comptait deux contremaîtres qui ne parlaient pas anglais et Rubul, jeune et sympathique commercial qui le parlait très bien.

Anima, contremaître des cueilleuses, n'osait pas sourire pour la photo. Pourtant, elle avait l'air ravie et vraiment fière de poser dans "son" champs de thé... Sans pouvoir nous comprendre, nous nous sommes spontanément prises d'amitié l'une pour l'autre. C'est fou tout ce qu'on peut se dire par le non-verbal ! Au moment de nous laisser partir, elle a eu un geste qui m'a surprise et profondément touchée : toute émue, elle m'a saisie par les épaules et m'a posé un gros bisou sur chaque joue !
Anima, contremaître des cueilleuses, n’osait pas sourire pour la photo. Pourtant, elle avait l’air ravie et vraiment fière de poser dans “son” champ de thé… Sans pouvoir nous comprendre, nous nous sommes spontanément prises d’amitié l’une pour l’autre. C’est fou tout ce qu’on peut se dire par le non-verbal ! Au moment de nous laisser partir, elle a eu un geste qui m’a surprise et profondément touchée : toute émue, elle m’a saisie par les épaules et m’a posé un gros bisou sur chaque joue !
L’autre contremaître était un vieux monsieur très doux et follement photogénique. Il était aussi ravi de poser, en l’occurrence avec une sommité de thé comme celles qu’on cueille pour le thé vert de qualité : un bourgeon et deux feuilles.
Chose rare en Inde, M. Narzari a décidé de se lancer dans le thé vert (bio de surcroît !). C’est pourquoi, pour la récolte en cours, il ne faisait cueillir que les parties hautes et tendres de la pousse : le bourgeon et les deux premières feuilles.

Nous étions enchantés d’apprendre que M. Narzari appliquait une méthode de culture pour le moins atypique en Assam. Non-seulement il ne produisait que du thé bio, mais en plus il se souciait du bien-être de ses employés. A voir leur douceur et leur gentillesse, ce n’était pas difficile à croire…

Les engrais étaient tous d’origine locale et naturelle, comme par exemple de la bouse de vache. Pour limiter l’impact d’insectes indésirables, M. Narzari faisait appel à des préparations à base de plantes du coin. On nous a également expliqué que certaines espèces d’oiseaux permettaient de réguler les insectes… en les mangeant, tout simplement 😉

Le thé était directement transformé et empaqueté sur place, à l’aide d’un matériel assez limité et rudimentaire. En bref, une mini-production 100 % locale et vertueuse ! Autant vous dire que j’étais conquise par le concept.

Après avoir été cueilli puis laissé à flétrir quelques heures sur un filet, le thé est séché sur des tamis disposés dans ce séchoir. En-dessous, un feu de bois permet d'accélérer le processus et d'endiguer l'oxydation naturelle du thé. Cela permet ainsi de garder le thé "vert" et d'éviter de faire un thé noir (qui est exactement la même plante, mais complétement oxydée).
Après avoir été cueilli puis laissé à flétrir quelques heures sur un filet, le thé est séché sur des tamis disposés dans ce séchoir. En-dessous, un feu de bois permet d’accélérer le processus et d’endiguer l’oxydation naturelle du thé. Cela permet ainsi de garder le thé “vert” et d’éviter de faire un thé noir (qui est exactement la même plante, mais complétement oxydée).
Enfin, le thé séché est roulé dans une machine qui lui donne cette forme typique. A noter que ce mode de séchage sur feu donne au thé vert un goût légèrement fumé très surprenant. On aime ou on déteste... Moi j'aime assez, mais ce n'était pas au goût de tout le monde autour de la table de dégustation ;)
Enfin, le thé séché est roulé dans une machine qui lui donne cette forme typique. A noter que ce mode de séchage sur feu donne au thé vert un goût légèrement fumé très surprenant. On aime ou on déteste… Moi j’aime assez, mais ce n’était pas au goût de tout le monde autour de la table de dégustation 😉

Comment devenir une vedette locale en Assam, ou l’histoire d’un quiproquo

Je vous l’ai dit : entre la route interminable, l’accueil exceptionnel des villageois, le repas de fête et les belles rencontres, nous allions de surprise en surprise. Mais la plus grande de toutes, ç’a été de découvrir que M. Narzari ne plaisantait pas quand il parlait de son “ami journaliste” !!!

Pour être honnête, je ne sais pas trop ce que l’oncle de Dipankar (qui était assez facétieux, soit dit en passant) est allé raconter à nos hôtes. Y a-t-il eu un malentendu ou leur a-t-il sorti des salades pour nous assurer un tel accueil… ? Toujours est-il qu’une des cousines qui nous accompagnaient, en discutant avec les gens du village, s’est mise à rire. “Ils pensent que vous êtes des gros acheteurs de thé américains !” Cela nous a laissés perplexes et assez gênés. Nous avons donc dû nous excuser de n’être “que” françaises et allemands…

Mais, s’il y a bien une chose que j’ai apprise de mon voyage en Inde, c’est que là-bas il ne faut jamais chercher à tout comprendre, et encore moins à tout expliquer xD

Cette nouvelle n’a jeté qu’un froid léger et passager sur nos hôtes : ils nous ont pris comme on était, quoi ! Et c’est là qu’on a basculé dans la science-fiction : pendant que nous mangions, d’autres hommes armés d’appareils-photo, et même de caméras, avaient débarqué… Andrea, une de nos comparses allemandes, et moi-même avons été désignées d’office pour répondre aux questions des journalistes. Étonnées, nous nous sommes tournées vers l’oncle de Dipankar, qui se frottait l’arrière de la tête. La situation prenait visiblement une ampleur qu’il n’avait pas anticipée… Mais son petit sourire gêné était clair : trop tard pour reculer, il fallait se prêter au jeu !

Andrea et moi avons joué le jeu de bonne grâce : c'était aussi incongru que drôle de débiter des banalités sur le thé bio face aux faux micros brandis devant nous (ils étaient littéralement là pour faire joli xD). Andrea s'est montrée particulièrement douée pour l'exercice, ce qui ne m'a pas étonnée de la part de cette reine du small talk... ;)
Andrea et moi avons joué le jeu de bonne grâce : c’était aussi incongru que drôle de débiter des banalités sur le thé bio face aux faux micros brandis devant nous (ils étaient littéralement là pour faire joli xD). Andrea s’est montrée particulièrement douée pour l’exercice, ce qui ne m’a pas étonnée de la part de cette reine du small talk… 😉

PS : vous noterez les belles écharpes qu’on nous a offertes !

Nous sommes passées à la télé assamaise le soir-même ! Dipankar et son frère nous y ont vues et ont bien rigolé. Malheureusement pour nous, nous avons tout raté car nous étions à nouveau entassés dans les voitures, sur la longue route du retour à travers la nuit et les coups de klaxon… N’empêche, on était tous d’accord : cette expérience humaine hors du commun valait mille fois la sciatique du trajet !

Ce n'est qu'une fois en France qu'un message WhatsApp envoyé par Gudù, le frère de Dipankar, nous a appris que nous étions aussi passés dans le journal... Je n'ai aucune idée de ce que raconte ce papier, mais je parierais qu'il y est question d'acheteurs américains ;)
Ce n’est qu’une fois en France qu’un message WhatsApp envoyé par Gudù, le frère de Dipankar, nous a appris que nous étions aussi passés dans le journal… Je n’ai aucune idée de ce que raconte ce papier, mais je parierais qu’il y est question d’acheteurs américains 😉

Autres articles à lire sur ce même voyage en Inde du Nord :

À bientôt pour de nouvelles aventures indiennes, chers Radis !

Cet article a 2 commentaires

  1. Soeurette

    Je suis SURE que le Tonton a raconté des carabistouilles au gérant de la plantation. J’étais gênéééééée, ils étaient tellement gentils !
    Bon allez, je vais me faire un p’tit thé avec le paquet qu’ils nous ont offert, moi j’aime son goût et en plus il est parfumé au souvenir 🙂

    1. Marion

      C’est le meilleur goût, celui du souvenir 😉

Laisser un commentaire